Fondé en 1868 par Lord Edmund Darlington, ce club londonien est composé de membres de la haute société, tous dotés de fortunes non négligeables, qui mettent du piment dans leurs existences en se lançant divers défis parfois des plus farfelus. Qu’il s’agisse de se présenter en robe de chambre à un dîner organisé par le Duc de Kent ou encore de se rendre au Tibet pour y trouver une mystérieuse plante réputée ne fleurir que sur le flanc sud du Mont Everest, il se trouvera toujours un membre du club pour relever le défi, et tenter de s’en acquitter du mieux qu’il le peut. De tels paris s’accompagnent en général de mises conséquentes en espèces sonnantes et trébuchantes, mais s’illustrer aux yeux de ses congénères est bien plus important encore au sein de ce club.

Il n’y a d’autre critère pour appartenir au club que de relever un défi, quel qu’il soit, même si l’on ne parvient pas à s’en acquitter. Un certain nombre de membres potentiels, placés dans cette situation, se sont vus de fait “exclus” non pas à cause de leur échec, mais parce que celui-ci avait été si cuisant qu’ils n’ont jamais osé se représenter au club.

Situation géographique

Les locaux de la Royal Challenge Society sont situés sur King Street, dans le quartier de St. James, là où un certain nombre de clubs ont pignon sur rue.

Le Challenger Club

Le bâtiment abritant le club était jusqu’en 1867 celui de l’Almack’s Club; à la fermeture de ce dernier, il fut racheté par Lord Darlington, à la recherche de locaux à la mesure des ambitions de la RCS naissante.

La décoration du club aussi bien que celle du café  qui y est attenant sont particulièrement tape-à-l’oeil: l’un des premiers défis du club consistait en effet à voir jusqu’où l’on pourrait aller dans l’outrageusement tapageur, et c’est ainsi que tapis rouges et tentures y rivalisent avec colonnes et escaliers de marbre. Le deuxième défi consistait à engager un cuisinier de chacun des pays les plus réputés pour leur gastronomie, y compris un Français: certains membres ont même relevé le défi d’y manger des cuisses de grenouille, et Charles Amberville est d’ailleurs régulièrement pris à partie pour oser y manger tout plat contenant du poulet, eu égard à ses préférences culinaires bien connues.

Le Livre

Le Livre (en français dans le texte et avec des majuscules) est un grand recueil dans lequel les membres de la RCS notent toutes les idées de défis possibles leur passant par la tête, en général à l’issue d’une soirée quelque peu arrosée; on note donc que la faisabilité desdits défis est toujours inversement proportionnelle à l’état éthylique qui a mené à leur proposition. Le Livre est toujours présenté sur un palanquin de velours rouge, porté par un serviteur en livrée, et manipulé avec la plus extrême précaution et une bonne dose de révérence grandiloquente.

N’importe quel membre ou aspirant membre peut relever l’un de ces défis lorsqu’il le désire, à n’importe quel moment. Tout défi relevé (et accompli, avec ou sans succès) est alors barré dans le cahier. Inversement, tout membre est habilité à y consigner un nouveau défi. Chaque défi relevé doit être signé de la main du membre qui s’y attèle.

Parmi les exemples de défis qui y sont notés, on peut trouver entre autres celui d’aller dérober le carnet de notes classé secret médical d’un des aliénistes de Bedlam (quatre personnes s’y sont déjà cassé les dents, la dernière en date n’ayant pas osé revenir au club après que les journaux se sont emparés de l’affaire), ou encore celui de voler tous les corbeaux se trouvant à la Tour de Londres (bizarrement, ce dernier n’a encore jamais été relevé par personne). Il est à noter que dans le cas d’un vol, il ne s’agit que d’un emprunt non déclaré: la RCS exige de ses membres qu’ils rendent ensuite l’objet dérobé.

La salle des trophées

Les membres de la RCS aiment à se raconter encore et encore les défis qu’ils ont relevés, et certains ont ramené de leurs expéditions un certain nombre de “souvenirs”, tous conservés dans le “musée” installé au dernier étage. Chaque objet ainsi rapporté se voit apposer une plaque commémorative proclamant le nom du challenger à qui l’on doit son exposition — que ce même homme soit revenu entier (ou même vivant) ou pas.

Parmi les trophées exposés, citons entre autres une cuvette de toilettes volée à Buckingham Palace, ainsi que le crâne de Mambo, le premier porteur de Lord Wotton à avoir péri lorsque le pont en corde sur lequel comptait s’engager l’expédition a cédé sous le poids des porteurs en question, entraînant ainsi (comme c’est fâcheux, nous dit Lord Wotton) la perte du matériel photographique emmené pour l’occasion.

Membres

Parmi les membres que compte le club, on trouve:

  • L’inénarrable Charles Amberville — qui a effectivement relevé, pour son entrée au club, le défi de se présenter en robe de chambre à un dîner du Duc de Kent, et a tiré son épingle du jeu de façon charmante en y ajoutant une petite difficulté de son cru: celle d’y ramener sa pipe d’opium et d’en proposer à Sa Grâce.
  • Albert Darlington, fils du fondateur, Lord distingué de 62 ans qui même à son âge s’acquitte encore de certains défis. Darlington est également le Président du club.
  • Aloysius Wotton, grand voyageur  (il est également membre du Travellers Club).
  • Abel McNair, ancien officier de l’armée des Indes.
  • Henry Worthington, membre de la Chambre des Lords.
  • James Ross, nouvelliste (par goût, non par nécessité de travailler) à la réputation controversée.
  • Douglas McDonnell, aérostatier qui s’est illustré en faisant Cork-Glasgow en ballon, avec pour lest un tonneau de bière qu’il a dû consommer durant le trajet. Personne ne veut savoir comment il s’est ensuite débarrassé du lest en question.